jeudi 15 novembre 2012

Le/la missionnaire et la mission prophétique aujourd’hui Point de vue d’un laïc Thierry Nlandu Mayamba Professeur à la Faculté des Lettres Université de Kinshasa


Le/la missionnaire et la mission prophétique aujourd’hui
Point de vue d’un laïc

Thierry Nlandu Mayamba
Professeur à la Faculté des Lettres
Université de Kinshasa


A mon frère et à ma sœur en Christ,

Tout en te remerciant pour le choix que tu as porté sur ma personne, Je dois avouer mon embarras depuis le moment que j’ai commencé à penser à ce que je dois te dire sur la mission. En effet, comment moi, pauvre laïc, qui ne suis pas théologien pourrais m’adresser à mon frère et à ma soeur missionnaires à qui le Seigneur a confié la lourde charge de garder le puit de Jacob ? Pourquoi mon frère dans la mission veut-il revisiter son être en mission en m’utilisant, moi, comme miroir ? Ma sœur a-t-elle asséché le puit au point ou son fonds boueux ne renvoie plus qu’une image torturée de son visage de missionnaire ? As-tu finalement réalisé que les rencontres autour du puit de Jacob ne troublent plus au point de nous faire abandonner nos cruches pour courir annoncer au monde la bonne nouvelle ? Te rends-tu compte que tu rentres du puits avec une encombrante cruche qui te rend esclaves de ton train-train quotidien au point de te transformer en fonctionnaire de la mission et non en missionnaire, véhicule d’une mission prophétique ?

Fort de ce qui précède, je me suis résolu à faire comme le Christ avec la samaritaine au puit de Jacob. Je voudrais te parler du fonds de mon cœur afin de créer d’entrée de jeu une atmosphère propice qui te permettra à toi et à moi de retrouver, ensemble notre dignité. Car chrétien catholique comme toi, je ne suis rien d’autre qu’un missionnaire, un évangélisateur.

Et comme pour toi, ce moment de dialogue est une exigence de témoignage d’un amour fraternel qui ne peut s’accommoder de l’artificiel. Mais, comme toi, je ne peux pleinement remplir cette mission qui est, avant toute chose, dialogue, que si je revisite le puit afin d’approfondir ma foi et de renforcer mon lien avec ce lieu privilégié de la rencontre et avec la parole qui trouble et transforme.

Mais dans cette démarche critique, je voudrais que tu comprennes que mon intention n’est nullement celle de te culpabiliser. Je ne serai pas celui qui te condamnera car je n’en ai pas reçu la mission. Je ne te jetterai pas non plus la première pierre. Mais si tu acceptes, je viendrais avec toi, pour qu’ensemble on ne p^èche plus et que Dieu trouve la place qui lui revient dans la mission.

Aussi, dans un premier temps, je te propose de revisiter le puits avec moi afin que tu te rendes compte combien ta mission a cessé d’être témoignage d’un amour fraternel. Refaisons ensemble le chemin vers le puit afin que tu puisses réaliser qu’au fil des années, ta mission a cessé de garder son exigence de quitter ton milieu d’aisance, tes quatre murs d’un couvent reposant ou encore d’un centre de formation paisible pour te rendre en Samarie, en plein désert, juste en face de la première rue en traversant le boulevard.
En effet, peux-tu imaginer la présence d’un missionnaire de Scheut de l’autre côté du boulevard, partageant les conditions de vie de ces familles sous des huttes en carton. Il est évident que pareille présence troublera et interpellera nos responsables politiques qui depuis les indépendances ne se lassent pas de noyer leurs frères et sœurs dans la misère. Une telle présence est mission parce que partage de l’expérience du Christ qui est résolument prendre partis pour la samaritaine, cette femme à qui un homme n’adresse pas la parole sur la place publique.

Une telle présence missionnaire est témoignage d’un amour fraternel parce qu’elle ne fait aucune distinction entre les humains, les hommes et femmes ainsi que les enfants qui bravent les intempéries de l’autre côté du boulevard. Tous seraient, par cette présence, l’objet de l’amour universel et fraternel à l’image de celui que le Christ offre à la samaritaine.

Pareil amour ne peut être que la conséquence d’une charité différente de celle artificielle, improvisée et préfabriquée qui anime souvent tes œuvres caritatives et la mission de nos jours. C’est sans doute ce qui explique ta présence absence de l’autre côté du boulevard où tu arriveras certainement sans fatigue ni soif. C’est ce qui explique que tu ne comprennes pas que l’atmosphère propice à la mission est celle qui fait du missionnaire le premier à quémander de l’eau de la part d’un humain à qui des préjugés ont fait croire qu’il est sous homme ou sous femme.

En effet, c’est seulement lorsque tu seras fatigués par les embouteillages qui, chaque soir t’empêchent de rencontrer l’autre du côté du boulevard ; lorsque tu seras assoiffés de justice pour tes frères et sœurs de la périphérie du boulevard que tu quitteras tes appartements aux matelas doux et ton réfectoire aux odeurs agréables pour entrer dans ce trou Samarie de l’autre côté du boulevard.

Dans ce lieu hostile, tu ne te précipiteras pas, à donner ni à offrir tes services, expressions de ton engouement pour des œuvres caritatives humanitaires sans justice qui t’accorde l’illusion d’être le moteur de la mission. Ici, au site, tu ne donneras pas en premier lieu. Tu seras plutôt celui qui demandera service à l’autre pour, comme le Christ, rendre à la samaritaine du site sa dignité d’humain.

Etrange ! Je ne sais pas si tu le réalises avec moi. Il me semble soudain que ce qui d’emblée fascine dans la mission n’est autre que la qualité de la demande inattendue, mais authentique du missionnaire, du témoin et non sa capacité à répondre, dans la précipitation et sans doute arrogance et calculs aux préoccupations quotidiennes de la samaritaine.

La scène du taudis de l’autre côté du boulevard bouleverse au point que ta mission doit aller au-delà du domaine de la théorie pour s’incarner dans le contexte sociopolitique et aider ainsi à mettre fin au drame qui se joue de l’autre côté du boulevard. N’as-tu pas, dans le site du boulevard, une chance de construire un être en mission animateur et animatrice d’une mission libératrice en partant du message joyeux et libérateur de Jésus ?
Il n’y a pas de doute, le site du boulevard est un terrain privilégié d’action concrète pour faire connaître Jésus Christ aux sans voix. Le site du boulevard interpelle. Il serait maladroit de ta part, missionnaire d’en face, de t’y rendre pour y prêcher le renoncement et l’ascèse économique où le partage des responsables politiques si tu ne te remets pas radicalement en question.

En effet, sur le site du boulevard, tu devras cesser de croire que la mission peut continuer à prêcher l’Evangile comme un calmant social dont les pilules seraient les œuvres caritatives financées par un système d’exploitation de l’humain qui, à l’intérieur comme à l’extérieur de notre pays, réduit des milliers d’être à la misère.

Sur ce site, avant toute chose, tu devras être patient, car le processus sera long qui te conduira à découvrir ce que tu penses être à même d’enrichir le samaritain ignorant et la samaritaine simple, occupée aux tâches de la maman « bipupula » et dont la vie conjugale se déroule dans une promiscuité dont tu ne connaîtras jamais les souffrances.

Pour entrer dans ce long et complexe processus missionnaire de libération qui libère de la servitude et des pressions sociales, morales, culturelles et même religieuses présentes dans les havres de paix que sont tes couvents et autres maisons de formation, il te faut réaliser que « l’eau vive qui, pour toujours étanche la soif » est offerte, de manière préférentielle, aux hommes, femmes et enfants du site du boulevard.

C’est seulement lorsque tu seras l’un d’eux que tu pourras, à ton tour, abandonner ta cruche, ta jeep 4X4, ta sieste, tes privilèges pour courir à travers cette ville annoncer la nouvelle qui t’a séduite et a fait de toi ce disciple du Christ qui accepte simplement de raconter courageusement, à qui veut t’entendre, l’expérience que tu vis de l’autre côté du boulevard pour que ceux du site vivent en abondance et décemment.

Mais malheureusement, j’ai comme l’impression que tu n’es plus capable de vivre cette conversion comme un besoin. J’espère que je me trompe ; mais tu me donnes constamment l’impression que tu vis ta conversion au quotidien comme fruit de ta réflexion ou encore d’une option réfléchie.

Tu n’es plus cet homme et encore moins cette femme qui a été séduit et séduite, troublé et troublée et qui, ce jour, a fait face à quelque chose qui t’a dépassé au point de te faire oublier la cruche. Aujourd’hui, tu gardes ta cruche et par conséquent tu deviens incapable de venir vers moi, ton frère et ta soeur pour susciter, en moi, l’intérêt pour le Christ.

Triste histoire que ton histoire de missionnaire qui, chaque jour qui passe, donne l’impression d’oublier la caractéristique la plus simple et la plus essentielle de la mission qu’est le partage de l’expérience chrétienne qui fait que la mission soit mission.

Triste histoire que ton histoire de missionnaire, qui par ton ordination pense être tombé dans la marmite de la potion magique qui te donne la force d’évangéliser éternellement les autres sans te laisser quotidiennement évangélisé par l’autre.

Et dans le cas d’espèce, quelle expérience partages-tu avec les habitants du site, toi
qui vit à l’abri des pluies torrentielles et autres intempéries ? Quelle vérité peux-tu communiquer sur la vie de ton frère et de ta sœur du site ? De quelle solidarité peux-tu faire preuve dans la lutte pour la justice, toi qui semble déborder par ton combat pour la survie contre ton confrère ou ton supérieur missionnaire blanc ou noir ou encore ta sœur ou ta supérieure missionnaire blanche ou noire ?

Plus je te côtoie, plus je découvre que ta mission n’est que combat égoïste contre la pauvreté avec comme support le rejet de l’obéissance. Je comprends alors que tu ne puisses pas traverser le boulevard, car seuls les missionnaires qui, au nom de l’Evangile, agissent dans l’obéissance, peuvent être des signes pour les démunis, les va-nu-pieds du site du boulevard.  Ta vie dans la désobéissance perpétuelle ne pourra jamais se transformer en protestation contre tout système qui écrase les petits.

Merci, mon frère qui, aujourd’hui, me permet de réaliser la portée profonde de ton obéissance de missionnaire. C’est sans doute pour cela, qu’à travers toi, je comprends chaque jour davantage pourquoi la mémoire de Jésus devient subversive et porteuse de salut. Je réalise pourquoi mon frère à la barbiche de chèvre et ma sœur, femme africaine et religieuse portant deux pagnes cultivent cette obéissance, seule force qui permet de prendre des risques pour les autres en toute quiétude et surtout à la suite de Jésus.

Mon frère et ma sœur,

Je viens de comprendre à 2 heures trente du matin, en pleine rédaction de ce texte ton refus d’homme et de femme d’être une église, ou mieux des missionnaires au milieu d’un village imaginaire qui n’est que celui des missionnaires qui ont peur d’accepter que la mémoire du Christ missionnaire sauveur n’est rien d’autre que subversion.

Ma sœur missionnaire,

Ton frère laïc, culturellement pas toujours porté à l’obéissance dans mon foyer, réalise maintenant que l’obéissance a quelque chose de magique qui saisit, séduit et fascine au point de contraindre le missionnaire à ne pas accepter de ne pas prendre parti.

Par ton obéissance, la mission devient un refus du juste milieu. Ou le missionnaire et la missionnaire sont contre le Christ ou ils sont avec lui. Aussi, résolument avec lui, la vie de missionnaire est constante volonté de prendre parti pour les pauvres, les persécutés et de refuser de vivre dans l’illusion d’innocence en restant de l’autre côté du boulevard.
C’est en définitive cette pratique de l’obéissance qui t’ôtera cet orgueil et cette arrogance missionnaire qui te font croire, à bord de ta jeep 4X4 immaculée, que tu es le « chauffeur » de la mission alors que tu n’en es que le boy chauffeur, livreur de pains que tu n’as pas multipliés.

C’est cette obéissance qui donne fière allure au missionnaire sur le site du boulevard, au puit de Jacob et à l’Eglise. En effet, seule l’obéissance donne au missionnaire la force de se laisser évangéliser en permanence pour rester ce missionnaire pour les marginalisés, mais surtout ce chrétien avec eux. Mais comment la restaurer dans la mission aujourd’hui ?

Fort de cette conviction, je suis allé dormir avec à l’esprit les visages de ces hommes, femmes et enfants dont ta vie missionnaire dans les quatre murs d’en face prive de la miséricorde de Dieu. Cette nuit, je me suis constamment posé la question de savoir qui serait capable de conduire ce peuple de Dieu sur le bord du lac de Galilée afin d’y rencontrer le missionnaire multiplicateur de pains qui donnera une réponse satisfaisante à leur misère corporelle tout en intégrant la libération matérielle caritative dans la libération de l’eau de vie qui étanche la soif éternellement ?

C’est à cette condition sans doute que ta mission sur le site du boulevard sera ce miracle qui nous fera chercher Dieu au-delà de ce qui libère de la faim, de la maladie et des servitudes temporelles. 

A ce stade de mon sommeil semi profond, la douloureuse conviction qui traverse ma foi est celle d’une œuvre missionnaire en souffrance par le fait qu’elle soit animée par des missionnaires qui sont venus à la mission non pas parce qu’ils ont vu des signes ; mais bien parce qu’ils ont lu dans la vie missionnaire la promesse de manger, d’étudier et de faire carrière.

En effet, frère et sœur missionnaire, regardes-toi en face dans le miroir que tu as voulu que je sois pour toi aujourd’hui et chaque jour. N’es-tu pas venu à la mission parce tu as trouvé dans la maison de formation ce lieu qui peut résoudre toutes les questions liées à une formation de qualité sans que tes parents, décrétés pauvres par un système qui avilit, n’aient à payer ?

N’es-tu pas, dans la mission, semblable à moi affamé du lac de Galilée pour ne retenir de ton passage dans l’un ou l’autre couvent que cette maison qui offrirait la garantie des trois repas, aujourd’hui de médiocre qualité selon toi ; mais dont se contenteraient volontiers tous ceux à qui nos dirigeants ne reconnaissent que le droit d’un mono-repas de 17 heures ou mieux d’un mono repas alternatif par jour et par membres de famille ?

N’es-tu pas venu à la mission pour bénéficier du seul cadre professionnel universel qui permet aux fonctionnaires d’avoir, dans l’impunité la plus révoltante, une gestion opaque sans contrôle ni poursuites judiciaires ?

Si tu es venu à la mission pour les raisons énumérées ci-dessus ; alors je comprends un certain nombre de choses qui justifient ton désir ardent de me voir te parler en toute franchise dans le cadre d’un devoir critique qu’un ami doit à son ami.

Si tu es venu à la mission, au bord du lac de Galilée, seulement pour manger à satiété, alors je comprends tous ces bruits de disputes à peine feutrés pour l’argent et qui opposent des hommes et des femmes censés êtres des frères et des sœurs.

Je comprends la douleur que je lis, de plus en plus, sur les visages des uns et des autres, accablés par les humiliations que ceux et celles qui, hier, ont géré l’administration des solutions aux problèmes matériels, ont fait subir à ceux et celles qui, aujourd’hui, gèrent cette administration.

Je comprends aussi la dramatique situation du missionnaire qui a perdu la liberté des enfants de Dieu, des fils adoptifs, enfants et héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ. C’est sans doute ce qui explique l’absence de sincérité et l’esprit de flatterie qui animent les animateurs de la mission.

Et pourtant, toi et moi, nous savons pertinemment bien que la mission ne s’accommode pas d’animateurs qui, pour sauvegarder leur avoir et valoir n’exprimeront plus, en toute franchise, leurs pensées.

L’engagement missionnaire ne se marie pas avec la peur ni un esprit d’esclaves. C’est ce qui explique cette cacophonie au sommet des différentes hiérarchies qui animent la mission et dont les illustrations parfaites sont aujourd’hui, les conflits pour l’avoir et le valoir qui opposent les membres de nos différentes communautés et mieux de notre conférence épiscopale, siège administratif de la gestion de la mission en République Démocratique du Congo.

Je dois vous l’avouer. Je commence sérieusement à me poser des questions sur le sens de la mission lorsque ses animateurs refusent de se débarrasser d’un système éducatif qui, au nom des enfants et surtout des avantages financiers qu’offrent la contribution des parents, appauvrit et corrompt celui qui donne et celui qui reçoit, toujours au nom des mêmes enfants, nombreux à être exclus du système éducatif à travers le pays.

J’avoue que je ne suis plus le seul à m’interroger sérieusement sur les animateurs de la mission en terre congolaise qui, au nom d’une doctrine douteuse nourrie par l’argent d’un programme d’éducation civique épiscopal financièrement juteux, coincent le peuple de Dieu au milieu d’un village imaginaire où l’Evangile est constamment contredite et trahie.

Le drame dans tout ce qui se passe aujourd’hui, c’est que la mission devient un ensemble d’intrigues au profit des intérêts personnels ou collectifs de tel ou tel groupe au couvent dans la maison de formation, dans la communauté, dans la congrégation, dans le diocèse et pour couronner le tout, dans l’église. Dans ce contexte, le missionnaire a comme mot d’ordre de faire fi de l’Evangile mais de continuer à garantir la façade évangélique aux méthodes utilisées pour ne pas alarmer le néophyte que je suis, moi ton frère et ta sœur laïcs.

Mais malheureusement pour toi et heureusement pour notre église, les quatre murs de ton couvent, de ta maison de formation et de ta communauté ont, au fil des saisons, perdu de leur épaisseur. Ces murs laissent passer les bruits confus de vos disputes et autres querelles autour de l’absence de l’esprit sacerdotal dont est accusé tout celui ou toute celle qui, dans votre environnement, refuse d’être un sous homme ou une sous femme.

Pourtant, en collant mon oreille au mur qui donne sur la rue principale, péché véniel que je confesserai volontiers à la fin de ce dialogue, je réalise que ces disputes sont l’œuvre de ces missionnaires qui veulent élever la voix pour rompre la chaîne de silence d’une église qui nous a tous décrétés pauvres et qui abuse régulièrement de la pauvreté des pauvres des églises riches.

Il y a lieu sincèrement de se demander ce que cache ce décret de la pauvreté de l’église locale et de ses membres si ce n’est ta peur d’accepter la contribution financière de tes frères et sœurs qui ne sauraient s’accommoder du silence ni de l’absence de contrôle que permet la charité des pauvres des églises riches auxquels on a appris à ne pas se soucier de ce que deviennent leurs dons entre tes mains souvent égoïstes.

Tous ces déchirements mentionnés ci-dessus posent le sérieux problème de la crédibilité personnelle des animateurs et des animatrices de la mission ainsi que celle de notre église locale, allant même jusqu’à soulever la question du comportement de plus en plus léger de certains de nos missionnaires, conséquences sans doute du mauvais usage des biens matériels liés à la mission.

Combien de fois n’entend-t-on pas, parmi les chrétiens, des récits de tel ou tel missionnaire qui s’est livré à telle ou telle aventure dangereuse, traduit en justice ou roué de coups pour un comportement jugé criminel ou immoral ? Qui parmi vous n’a pas, ces derniers temps, entendu les commentaires des Samaritaines sur la nouvelle jeep climatisée de la Supérieure, du Supérieur, du missionnaire ? Qui n’as pas entendu parler de la résidence, de l’école privée ou du « ligablo » du missionnaire ?

Je peux continuer l’énumération de tous ces actes anti-évangéliques, expressions d’une mission et d’une vie missionnaire qui se vivent au dépend des pauvres des pays riches tout en écrasant les pauvres des pays pauvres. Je ne veux pas tourner le couteau dans la plaie, mais je pense que je m’adresse à des adultes capables de ne pas se soustraire honnêtement à un examen de conscience en profondeur.

Sincèrement quelle est la part de la générosité des pauvres des églises riches qui va aux pauvres de notre église comparée à la part qui profite au missionnaire, à ta maison, à tes voitures, à tes banquets, etc. ?

La réaction à tout ce qui précède est souvent le rejet que beaucoup justifie par le discours jugé irrespectueux qu’engendre le style de toute critique ou encore le caractère naïf de ces jugements d’un laïc qui ne veut pas accepter que le missionnaire a besoin d’un minimum nécessaire pour assurer sa mission dans la dignité.

Rassure-toi, mon frère ou ma sœur. Je sais que l’Evangile suppose un minimum de bien-être matériel pour pouvoir aider les pauvres. La mission, exige un esprit de partage qui semble plus absent de ta communauté que l’esprit sacerdotal dont tu accuses régulièrement ton frère et ta sœur. 

Fatigué et dans une situation de totale obscurité, je me demande si le missionnaire d’aujourd’hui ne doit pas être guérie de sa cécité pour être capable de débarrasser notre société de sa cécité. Et, à ce stade, je ne sais pas si tu pourras être du même avis que moi, c’est la cécité de cœur qui explique les problèmes actuels du missionnaire dans notre pays.

Blanc comme Noir, nous nous sommes laissés aveuglés par les avantages matériels de la vie missionnaire, aussi petits soient-ils. Blanc et Noirs, mes frères et sœurs missionnaires souffrent de la cécité qui est causée par l’usage égoïste du pouvoir et des plaisirs terrestres.

Mon Dieu, il est trois heures du matin et je dois essayer de dormir. C’est alors que j’aperçois la lumière que projette le chapelet phosphorescent dans la main de mon épouse. En la touchant, je me rends compte qu’elle s’est endormie sur un « Je vous salue Marie » sans doute inachevée car ses doigts tenaient avec fermeté le début de la graine. Dans mon sommeil progressif, j’ai décidé de compléter sa prière par un « Notre Père » dont je ne me suis rappelé que ces mots qui ne cesseront jamais de hanter ma vie de missionnaire : « Que ta volonté soit faite » car toi seul est le pilote de la mission.

Je vous remercie

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