vendredi 4 avril 2014

L'evangélisation en profondeur de la Sr Josée NGALULA

I.                   L’ordre de préférence des théologiens africains :

1.      Sœur Josée NGALULA

2.      Leonard SANTEDI

3.      Alfonse NGINDU MUSHETE

4.      Mgr. Tarcisse THIBANGU

5.       André KABASELE MUKENGE

6.      Gilbert SHIMBA Banza


7.      Engelbert MVENG

8.      Vincent MULAGO

9.      Barthelemy Adoukonou

10.  Benezet BUJO




II.                Parmi les 10 théologiens africains, nous avons choisi la Sœur Josée NGALULA comme la théologienne de notre première préférence et nous allons résumer son ouvrage intitule :« Evangélisation en profondeur ».


III.0. Introduction
Dans ces pages, nous présentons le résume du premier chapitre : Un éclatement interconfessionnel original et suscitant des défis particuliers du livre de la Sœurs Josée NGALULA intitulé Evangélisation en profondeur. Pour se faire, nous allons diviser ce résumé en trois points principaux à savoir : La  nouvelle donnée de l’éclatement confessionnel du christianisme sur le continent africain ; Le défi d’un christianisme populaire marqué par de nouveaux « dogmes » et enfin le christianisme marqué par la peur du monde invisible.
Notre auteur Josée NGALULA  commence ce chapitre en faisant un constat pertinent : «Bien que confessant un seul Dieu et se référant à la personne de Jésus-Christ, les chrétiens dans le monde sont actuellement divisés, à cause d’un certain nombre des conflits qui jalonnent l’histoire du ‘’Nord’’ »[1]. Pour elle, l’Afrique du Nord et l’Ethiopie ont accueilli l’Evangile aux 14-16e siècles marqués par les divisions entre les catholiques et les protestants. Ces querelles confessionnelles en trainaient aussi des divisions au sien des clans, des villages et même dans la famille et vite les africains ont eu une mauvaise impression du christianisme en disant « il est divisant par nature ».
A l’aube de l’Année de la Foi 2012-2013, la configuration du christianisme divisé est plus complexe, spécialement en Afrique subsaharienne marqué, depuis la fin du 19e siècle, par la multiplication des nouveaux mouvements religieux, ce qui suscite des défis spécifiques au christianisme catholique et une réflexion sérieux sur l’évangélisation en profondeur.

3.1.La « nouvelle donnée » de l’éclatement confessionnel du christianisme sur le continent africain
Ici, la Sœur Josée NGALULA, auteur du livre « Evangélisation en profondeur » fait voir la naissance et l’épanouissement de nouveaux mouvements religieux en Afrique et la division du christianisme dans l’histoire que se présente de la manière suivante : catholiques, orthodoxes, églises issues de la reformes et autres confessions chrétiennes. Quant à l’Afrique, nous trouvons les mouvements religieux suivant : « églises africaines indépendantes », et «églises de réveil » ; « pentecôtisme à visage africain ». On trouve aussi des institutions se disant « églises chrétiennes », qui tiennent à une certaine autonomie, mais qui ne rentrent pas dans ces trois catégories. Il s’agit de : « témoins de Jéhovah », « Adventistes du Septième jour (Mormons) », « Eglise néo-apostolique », « La science chrétienne », «Assemblée chrétienne » (Brahanam), « Eglise de la scientologie », etc.



3.1.1.      Les « églises africaines indépendantes » (EAI)
L’expression « églises africaines indépendantes » désigne, à l’origine, des mouvements religieux fondés en Afrique subsaharienne vers la fin du 19e siècle et surtout durant la période coloniale, par des africains et pour des africains, en rupture avec les institutions ecclésiales issues de l’activité des missionnaires chrétiens occidentaux.
Le monde très élevé des adeptes des EAI, au moins avant les indépendances des pays africains, a fortement marqué l’histoire et le visage du christianisme sur le continent, au point qu’à la subdivision traditionnelle « catholiques/orthodoxe/protestants/ », s’est ajouté un quatrième groupe : les « églises africaines indépendantes ».
La majorité des « EAI » a disparu avec les indépendances des pays africains, mais quelques-unes ont survécu jusqu’aujourd’hui, notamment : « Eglise africaine d’Israël » fondée au Kenya ; « Eglise africaine de l’intérieur » fondée au Soudan ; « Eglise de Jésus-Christ sur la terre par le prophète Simon Kimbangu » fondée en RDC ; « Eglise du Seigneur Aladura » fondée au Nigéria » ; « Eglise Harriste » fondée en Côte d’Ivoire ; « la société des chérubins et séraphins », « l’Eglise du christianisme céleste », etc.
Pour notre cher auteur et émiant théologienne, la situation de ces mouvements religieux a considérablement évolué, d’abord après les indépendances des pays africains, ensuite depuis les années 1980 – 1990, à cause de l’invasion, sur le continent africain par des mouvements de type évangélique et pentecôtiste.

3.1.2.      Le pentecôtisme africain
Certains manuels, dit l’auteur, classent le pentecôtisme parmi les « églises issues de la réforme mais ils présentent des caractéristiques particulières. La mouvance pentecôtiste, née au début du 20e siècle, s’insère dans le grand ensemble de l’évangélisme, qui se distingue des formes plus traditionnelles de protestantisme par la centralité de la conversion individuelle et de l’expérience personnelle ( naître de nouveau) et l’importance accordée à l’œuvre prosélyte et aux activités visant à convertir le maximum de personnes (croisades d’évangélisation, télévangélisme, etc.). Cette mouvance pentecôtiste se différencie du reste du champ évangélique (église baptiste ou évangélique) par son insistance sur les manifestations  de l’Esprit-Saint (spécialement de parler en langue, miracles, prophéties, guérisons) ainsi que sur le « baptême dans l’Esprit ». Sa doctrine tourne autour de quatre piliers à savoir : « Jésus sauve, guérit, délivre, baptise et revient » ; le tout dans  un contexte de pratique religieuse devant être obligatoirement émotionnelle et expressive.
Le pentecôtisme n’est pas à confondre avec les groupes de « renouveau charismatique » qu’on trouve dans les paroisses protestantes ou catholiques, bien que ceux-ci aient copié une bonne partie du vocabulaire et des pratiques pentecôtistes.
Une grande partie des groupes pentecôtistes privilégie la dénomination « Assemblée de Dieu ». Sur le continent africain, des antennes locales «  des assemblées de Dieu américaines ou européennes se sont installées dès le 1er quart du 20e siècle (Afrique du Sud, Liberia, Burkina-Faso). Les spécialistes estiment que le Nigeria est la troisième plus importante communauté mondiale des « Assemblées de Dieu », après Brésil et les Etats-Unis, avec plus d’un million de convertis. Notons que le Sénégal et le Niger demeurent très faiblement pénétrés par le pentecôtisme.
En République Démocratique du Congo, par exemple, les antennes pentecôtistes occidentales ont été établies dans les années 1920, par les missionnaires suédois de la Mission Libre Suédoise. Elles se sont éclatées en plusieurs dénominations, telles que « Eglise de Dieu », « Vie chrétienne », etc. La plupart d’entre elles sont membre de l’association « Eglise du Christ au Congo » (ECC) ou de la « Communauté des églises de Pentecôte au Congo » (CEPCO). Leur liturgie insiste sur l’expérience de la ferveur émotionnelle, perceptible dans les chants, prières rythmées par des « alléluias », l’atmosphère joyeuse et exaltante. En plus de la prédication axée sur une appropriation personnelle de la parole de Dieu, les témoignages ainsi que les impositions des mains en vue de la guérison sont des élémentsconstitutifs du culte. Un « chrétien accomplit » est celui qui a vécu l’effusion de l’Esprit-Saint comme les Apôtres le jour de la Pentecôte et qui devient à son tour témoin du Christ par sa propre personnalité renouvelée et par l’évangélisation du prochain.
Auparavant, les pasteurs pentecôtistes ne recevaient pas de formation car l’effusion de l’Esprit-Saint était considérée comme suffisante. Aujourd’hui les choses ont changé, depuis 1955 ils reçoivent une formation théologique solide notamment à la « Faculté de Théologie Protestante » de Kinshasa. Le pentecôtisme à Kinshasa a gardé des structures pastorales traditionnelles du protestantisme : assemblées dominicales, sainte cène, évangélisation, œuvres de promotion humaine, etc.

3.1.3.      Les « églises de réveil » ou « pentecôtistes »
Les « églises deréveil » ne sont pas signalées dans les présentations officielles des confessions issues de la Réforme du 16e siècle. Elles ont surgit et se sont développées avec la vague des prédicateurs indépendants ayant des « ministres » transnationaux et appelés télévangélistes, car ils se servent largement des médias et des grandes stades pour convertir les foules. Certains élément de la doctrine sont puisés dans la mouvance évangélique et pentecôtistes (manifestations émotionnelles, conversion immédiate et « publicité », des miracles) d’où leur qualification « néo-pentecôtistes ». Les dénominations sont souvent tirées de textes bibliques (« église de Sion », « tabernacle », etc.). Des dissidences y sont très fréquentes, d’où le nombre toujours de plus en plus élevé des « églises de réveil » en Afrique subsaharienne. Le fond doctrinal commun de ces mouvements chrétiens tourne autour d’au moins quatre piliers :
a)      Une « théologie de la prospérité » - le confort matériel et leluxe sont des manifestations privilégiées de la bénédiction divine. La conséquence de cela est que les chrétiens pauvres sont complexés et recherchent à tout prix la richesse, pour « prouver » qu’ils sont du côté de Dieu qui bénit et non du côté de Satan qui maudit
b)      Une « théologie de la semence » enseignant que les bénédictions divines sont proportionnelles aux dons offerts dans la foi. Quiconque veut s’enrichir n’a qu’à donner largement aux serviteurs de Dieu et à l’église, de manière à récolter le centuple de ce qui a été semé.
c)      Une « théologie de la gloire » prêchant que Dieu ne contente pas de sauver que les âmes, mais qu’il a aussi le projet d’élever socialement ceux qui croient en lui. Les bénédictions divines doivent nécessairement inclure une ascension sociale.
d)     Une « théologie de la sacralité du livre de la Bible » enseignant que tout ce qui est écrit littéralement dans la Bible est la vérité inspirée par Dieu. La Bible est là pour donner des réponses immédiates aux questions pratiques de la vie courante et, cela est exprimé par cette formule : « la Bible a la solution pour tout ».
La plupart de ces caractéristiques sont puisées dans les comportements et méthodes des télévangélistes nord-américains, qui privilégie les médias et les techniques de charme/persuasion qui sont liées : les campagnes d’évangélisation, se servir de chaines de radio et télévision, des livres, vidéos, concerts des orchestres « chrétiens » polos, des sites internet, des blogs, Facebook, etc., pour véhiculer leurs idées.
L’ « église de réveil est entrée » en Afrique subsaharienne  à partir des années 1980 avec les prédicateurs transnationaux ou à travers des africains qui ont entré en contact avec eux. Dans sa configuration actuelle sur le continent Africain, le courant « église de réveil » se présenteà trois types :                            
1-      L’extension des « ministères » basés en Occident et créant des succursales en Afrique, quand elles ne se sont pas carrément déplacées ;
2-      Des représentations locales « déguisées », pour échapper à certaines contraintes de l’Etat : selon les apparences, c’est un (e) africain (e) qui a initié le « ministère », mais en réalité, ce n’est qu’une façade d’une organisation dirigé de l’extérieur ;
3-      Des créations locales et autonomes s’inspirant des grands mouvements de réveil internationaux, quand ce ne sont pas des dissidences. Les fondateurs, souvent entourés des membres de leurs familles, sont généralement appelés « prophètes », « apôtres », « évangélistes », « pasteurs », etc.
Grâce aux moyens de communication sociale atteignant les grandes masses, les doctrines, les spiritualités et les pratiques de nouveaux mouvements religieux font partie de la culture religieuse populaire. Ce caractère populaire provoque un certain nombre de défis, c’est-à-dire des obstacles que le christianisme en Afrique subsaharienne devrait surmonter, pour être plus fidèle à la foi reçue des Apôtres.




3.2.       Le défi d’un christianisme populaire marqué par de nouveaux « dogmes »
Ici, le mot « dogme » est compris dans un sens dérivé, c’est-à-dire, une opinion  émise comme une certitude, une vérité indiscutable. Ces dogmes populaires favorisent un esprit mercantile dans la relation au Dieu révélé en Jésus-Christ ainsi que la peur du monde invisible.
3.2.1.      « C’est biblique »
Il s’agit, d’après notre auteur, d’une conviction selon laquelle n’est « vrai », et doit être pris au sérieux sans remise en question, que ce qui se trouve littéralement écrit dans la Bible, même si il y a une erreur de frappe.
3.2.2.      « Dieu m’a béni »
Ici, on exploite la « théologie de la prospérité » selon laquelle la pauvreté est un signe de la malédiction divin. Et l’ascension sociale, accompagné des témoignages publiques et médiatisés, comme l’unique reflet de la bénédiction divine.
3.2.3.      « Dieu m’a parlé » ou « Dieu m’a oint »
Il s’agit de la prétention des responsables des églises de réveil de vouloir garder ses ouailles en les empêchant de se laisser attirer par d’autres groupes ecclésiaux. La Sœur NGALULA appelle cette prétention « pièces à conviction »[2], c’est-à-dire inventer  des véritables histoires imaginaires pour persuader qu’en allant ailleurs, ils ne trouveront pas mieux. Deux pièces sont à souligne :
a)      La légitimation : elle consiste à se présenter comme étant en relation direct et personnelle avec Dieu, de qui on a reçu une révélation, une onction et une vocation spéciale inexistante ailleurs. Tout ceci est « prouvé » par des citations bibliques.
b)      La manifestation d’une certaine « puissance » : ceci correspond aux attentes de la religiosité populaire ; parler d’une voix très forte et imposante comme signe « d’autorité », programmer régulièrement des miracles et exorcismes, avoir un type d’imposition des mains qui fait tomber les gens par terre et drainer des foules.


3.3.        Un christianisme marqué par la peur du monde invisible
Un des éléments de l’héritage traditionnel africain qui marque encore une bonne partie des africains aujourd’hui est « la peur du monde invisible », spécialement du pouvoir maléfique qui peuvent avoir certains défunts malveillants, les génies et les esprits mauvais, la peur de fétiche, de la malédiction et de l’envoutement, de « sorcier » ou « magicien ». Cette peur est paralysante au moins pour deux raisons :
a)      Elle aveugle carrément les personnes sur les éventuelles autres sources du problème (microbes provocant des maladies ; lois sociales de cause à effet, etc.) les empêchant ainsi de résoudre ces problèmes de la racine ;
b)      Elle met les personnes convaincues d’être face à «  un plus fort » (car invisible), dans une situation de fragilité psychologique qui les expose à la merci d’éventuels charlatans (pasteurs, prophète, apôtre, etc.) qui leur proposeraient la « voyance » et la protection.
La peur du monde invisible a plusieurs conséquences dans la vie du chrétien africain à tel point que la présentation du christianisme comme « pouvoir » du Christ et de ces disciples sur les forces du mal invisible (le monde démoniaque) peut faire attirer beaucoup de ces personnes vivant dans la peur des structures ecclésiales présentant un certain degré de protection contre ce monde invisible malveillante. C’est de cette manière que, de plus en plus, nous voyons dans nos Eglises une influence de cette mentalité fétichiste dans la relation au Dieu révélé en Jésus-Christ. Cette mentalité se manifeste de plusieurs manières dont nous citons quelques-unes :
-          Demandes interminables de l’eau bénite ; demande de bénédictions des huiles, de sel ; multiplications des neuvaines, des voyants ; usage de la Bible ou chapelet dans les étalages de commerçants, etc.
On croit que avec ces pratiques on  va neutraliser les forces invisibles du mal  car le Christ est force, on croit qu’on aurait plus de chances de réussir dans tout ce qu’on va faire même si on n’est pas capable pour tel travail ou tel domaine. Quand on ne réussit pas, c’est l’église ou le pasteur qui n’est pas efficace et il faut change de l’église – ce que la Sœur appelle « vagabondage spirituel »[3], c’est-à-dire le changement constante d’une église à une autre dans la recherche de solutions à ses problèmes : sociales, financière, familière, spirituelles, etc.

3.4.      Conclusion
Enfin, malgré tout ce que nous venons de décrire, selon notre auteur Sœur Josée NGALULA, il ne faut pas tomber dans le pessimisme, car les statistiques montrent que des milliers d’africaines et d’africains sont intéressés par Jésus-Christ, au point que le centre de gravité du christianisme est en train de se déplacer en partie vers l’Afrique subsaharienne. Même si cet intérêt pour le christianisme peut sociologiquement être expliqué, marqué par diverses raisons, il demeure un point de départ pour l’évangélisation en profondeur. Etant donné que notre réflexion s’axait sur ce point, nous n’allons pas aborder ce second chapitre sur l’Evangélisation en profondeur car le précédant fait l’objet de notre résumé.     




[1] NGALULA Josée, Evangélisation en profondeur, Défis pastoraux à l’aube de l’Année de la Foi, Kinshasa, Médiaspaul, 2012, p.5
[2] Ibidem, p. 18
[3]Ibedem, p. 25

Etre combonien

Introduction
Dans l’introduction de notre cours de la théologie de la spiritualité missionnaire, nous lisons que « chaque œuvre d’évangélisation naît comme une réponse à un besoin de l’évangile, besoin d’un groupe humain ressent, expérimente et exprime », c’est dans cette optique que je peux dire en quelques mots le type de missionnaire que je rêve. Il est à noter que ce n’est pas une entreprise aisée, mais par la grâce de Dieu, le chemin avec nos frères et sœurs, et avec ma propre formation missionnaire, je peux y arriver.

Depuis mon contact avec les missionnaires comboniens du cœur de Jésus, j’ai toujours rêvé de réaliser le plan de Comboni, « sauver l’Afrique par l’Afrique » à travers ma manière de vivre et ma spiritualité propre. Mais permettez-moi de relater que déjà dans l’expression « Missionnaires comboniens du cœur de Jésus », il y a des éléments constitutifs qui m’aident à vivre mon identité spirituelle :
Ø La mission ;
Ø Comboni ;
Ø Cœur de Jésus.
Ces trois éléments, je partage deux avec l’Eglise et avec mes confrères ou consœurs, ce sont la mission et le cœur de Jésus. Ce qui me spécifie c’est le rôle  de Comboni dans mon expérience personnelle, c'est-à-dire comment je peux à la manière de Comboni marier dans ma spiritualité personnelle et unique, la mission et le cœur de Jésus. C’est ce qui est spécifique à moi.
Ainsi l’expérience de Saint Daniel Comboni est pour moi, le critère d’interprétation de la mission que je suis appelé à réaliser dans l’Eglise en général, et dans l’institut Combonien en particulier.
J’aime beaucoup lire le chapitre général de 2009 des Missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus (MCCJ) des numéros 19 à 21 qui présentent de manière excellente les éléments inspirateurs de notre spiritualité en définissant le rôle de Saint Daniel Comboni en ce terme : « L’Esprit qui a allumé en Comboni, l’amour pour les africains continue de nous guider vers les pauvres et les ultimes … ». Je comprends que l’amour de Comboni pour les africains ne fut pas un amour sentimental, mais un amour agape provenant de l’Esprit Saint, du plus profond du cœur de Jésus. C’est aussi qu’en tant que fondateur, Saint Daniel Comboni est pour moi, non seulement le dépositaire du noyau original du charisme, mais c’est par lui que l’Esprit- Saint se rend présent et qu’il me révèle ce style particulier de vie et de mission qui caractérise notre Institut dans l’Eglise et dans le monde.
En cherchant d’explorer le rôle de Saint Daniel Comboni dans ma spiritualité, je découvre deux éléments qui ont caractérisé Comboni comme missionnaire et qui devraient être constitutifs de l’ADN de tout combonien en général et à ma spiritualité en particulier. Il s’agit du cœur comme Amour-Passion et de la croix comme Amour-Cause. Pour Comboni le cœur et la croix sont inséparables.
En ce qui concerne le cœur comme Amour-Passion pour les ultimes, le chapitre général de 2009 dit clairement qu’ « en tant que Comboniens, nous découvrons dans le mystère du cœur du Bon Pasteur, la raison qui nous anime pour une donation totale et qui nous pousse vers les plus pauvres et les plus abandonnés » (n˚20). Je comprends que c’est de Comboni que j’hérite ce mystère. C’est en contemplant sa vie missionnaire et son mariage au cœur du Bon Pasteur que je peux comprendre la signification concrète et particulière de ce cœur du Bon Pasteur. Le rôle de Saint Daniel Combon dans ma spiritualité se comprend donc par cœur comme Amour-Passion que nous reflètent. Mon expérience de partage avec des amis et de certaines familles surtout lors de mes expériences apostoliques pendant les grandes vacances et surtout les weekends  apostoliques, m’a aidé à comprendre que la mission est à vivre dans cette dynamique des noces où l’époux crucifié et Bon Pasteur ouvre avec passion et amour son cœur pour y consacrer son épouse bien-aimée, la foule immense des souffrants de tout genre. Car la mission de Jésus me  presse et me met en route pour des Noces entre Dieu et son peuple. Ceci me pousse à comprendre aussi que la croix est un amour cause comme les souffrants de ce monde. Comboni a une forte expérience avec la croix, et il ne cesse de dire dans ses écrits et lettres que : « la voie que Dieu m’a tracée est la croix(…) Je suis heureux avec la croix : portée de bon cœur pour l’amour de Dieu, elle engendre le triomphe et la vie éternelle », Les Ecrits de Comboni (n˚6519). Cette expérience de Comboni est pour moi l’unique source et force de ma cause commune avec les innombrables souffrances de notre monde et surtout de ma mission aujourd’hui.




En bref, je pourrais dire avec l’apôtre Paul que le langage du cœur et de la croix est toujours « folie » (1cor1,18). En adhérant à cette foi, que Comboni a concrétisée à son temps, que je pourrais recevoir la mission de Dieu comme don gratuit, celle qui prépare les noces du crucifié avec l’humanité. Voilà, mon rêve en faisant le parallélisme avec mon expérience personnelle avec mon fondateur.  Devenir Combonien, c’est prendre sur soi ce dessin et cette image de Comboni comme signe d’appartenance au Christ et à l’Institut. 

Mon rêve missionnaire

INTRODUCTION

Si c’est une grâce de faire l’expérience de Dieu, comme le disait en substance Sainte Thérèse d’Avila, il est aussi important de savoir en rendre compte. C’est sur cette brève présentation et au terme de notre cours de la spiritualité missionnaire que nous voulons présenter le rêve qui nous habite  une fois envoyer en mission. L’expérience missionnaire du Père HALLAIRE Jacques, un des missionnaires fondateurs de l’Eglise en pays Sar au Tchad, nous a servi de modèle.     Le Père HALLAIRE Jacques a reçu une double grâce selon le modèle de Sainte Thérèse d’Avila : « celle de vivre l’expérience missionnaire exceptionnelle, et savoir en rendre compte », comme se présenté en tête de notre présentation. Il s’agit vraiment des actes des premiers apôtres du Tchad qui méritaient bien être retenus dans la mémoire des communautés chrétiennes Sar aujourd’hui et demain, mais aussi à l’Eglise universelle, cinquante ans après l’arrivée des premiers pères Jésuites missionnaires au Tchad.

En effet, l’expérience du Père HALLAIRE Jacques constitue surtout un témoignage à la parole de Dieu qui a été semée, qui a germé et grandi pour donner des fruits en abondance.
En outre, ce cheminement spirituel et apostolique du Père HALLAIRE Jacques qui se caractérise surtout par un très grand respect de l’homme, de sa langue et de sa culture, nous a inspiré par rapport à la manière missionnaire que nous voulons être. Nous sommes appelés en terre de mission à comprendre l’importance capitale de pays de l’initiation, en voyant se mobiliser toute la communauté villageoise à recevoir le Christ comme Sauveur. Cela n’exclut pas d’entrer en dialogue avec les autorités traditionnelles pour trouver la voie d’une double fidélité, à savoir : la foi chrétienne et la tradition de ce peuple.
Il est toujours important de faire la traduction des textes de l’Ecriture et de la liturgie en langue de ce peuple pour savoir comment organiser la catéchèse, et comment expliquer à ce peuple la prise en charge matérielle de leur jeune église et aussi comment leur apprendre le développement et l’amélioration de l’agriculture de leur région.
Quand on arrive à s’installer, il faut tout faire pour entrer dans la mentalité de ce peuple, c'est-à-dire accepter d’être reçu par ce peuple, selon le conseil de Jésus dans l’Evangile : « mangeant ce qu’on lui présentait, restant dans le logement qu’on lui donnait ». Apprendre la langue de ce peuple, afin de rejoindre le monde des adultes et ne plus cantonner l’évangélisation au monde des enfants. L’expérience rude et joueuse à la fois, de se dépouiller de ses propres schèmes de pensée habituels, de ses évidences culturelles, pour rentrer dans une autre vision du monde, dans le sens où d’avoir une nouvelle façon de penser. Voilà ce qui constitue le socle de notre vision missionnaire.
Par ailleurs, il est aussi important de porter une grande attention aux anciens des villages qui sont des héritiers des traditions ancestrales pour que la conversion de ce peuple à évangéliser soit une garantie la plus sûre de l’adhésion de ce peuple au Christ.
Il faut être un homme de prière, afin de communiquer un goût de Dieu aux catéchumènes et aux baptisés qu’on va guider pour les initier à une relation personnelle au Christ et par Lui à Dieu le Père.

Nous venons de présenter l’image d’un missionnaire qui est pour nous un modèle d’un rêve missionnaire. Cette manière de vivre la vie missionnaire du révérend Père HALLAIRE Jacques nous a plus inspiré à vivre nous aussi la vie missionnaire dans un pays qui accueille l’évangile du Christ d’un cœur joyeux.

C’est à la manière du Christ, comme un Bon Pasteur qui connait ses brebis et celles-ci le connaissent, a fait que le Père HALLAIRE Jacques puisse réussir sa mission. C’est sur cette optique que notre rêve missionnaire un jour se réalisera.

mardi 18 mars 2014

Nouvelle naissance en Esprit Saint


L'appel à la Nouvelle Naissance (Jn 3,1-21)
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Jésus n'apporte pas un petit surplus : il appelle à un renouveau radical
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Plan :

I - Nicodème se positionne devant Dieu
     - Médiocrité comme Eglise
     - Médiocrité dans la vie consacrée
II - Jésus invite à une vie tout autre
III - Le salut dans la Foi en un Dieu crucifié
IV - Sommés de choisir, "les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière"

I - Nicodème se positionne devant Dieu

            Nicodème a un sentiment de médiocrité : il veut passer à l'excellence. Il croit que Jésus est "un maître qui vient de la part de Dieu", à cause des signes qu'il opère.

            Médiocrité d'une religion faite de prières, de sacrifices d'animaux, de préceptes et d'interdits, de pratiques vestimentaires, et alimentaires ; une religion qui pratique l'exclusion.

            On a parfois reproché à notre Eglise d'être une Eglise de piété, de célébrations liturgiques, de relations hiérarchiques, mais trop peu une Eglise de l'option préférentielle pour les Pauvres, une Eglise de promotion sociale et de promotion de la justice. C'est parfois vrai, parfois exagéré.

            Dans l'oraison, rejoignant Nicodème, qui s'inquiète de la pauvre qualité de sa vie de fidèle de Yahvé, interrogeons-nous sur notre éventuelle médiocrité

*  Médiocrité comme Eglise : L'exhortation synodale invite à vivre l'Evangile, de manière particulièrement fervente là où règne l'injustice :

"Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume de Dieu est à eux" (Mt 5,9-10), dit le Seigneur (EA 105)

"L'Eglise doit continuer à jouer son rôle prophétique et à être la voix des sans-voix" (EA 106)

" Mais pour réaliser cela de manière efficace, l'Eglise, en tant que communauté de foi, doit être un témoin énergique de justice et de paix dans ses structures et dans les relations entre ses membres. Le Message du Synode déclare avec courage : "Les Eglise d'Afrique ont aussi reconnu qu'en leur propre sein la justice n'est pas toujours respectée à l'égard de ceux et celles qui sont à leur service. Si l'Eglise doit témoigner de la justice, elle reconnaît que quiconque ose parler aux hommes de justice doit aussi s'efforcer d'être juste à leurs yeux. Il faut donc examiner avec soin les procédures, les biens et le style de vie de l'Eglise" (EA 106).

* Médiocrité de la vie religieuse

            La vie consacrée instituée, comme toute institution, a rapidement tendance, si elle n'y fait pas attention, à vivre de son passé. C'est le sens de l'"Aggiornamento" demandé à toutes les Congrégations par le Concile Vatican II, il y a un peu plus de 50 ans. Notre société change de plus en plus vite. La vie religieuse comme réponse aux besoins de notre temps doit aussi accélérer son effort pour adapter ses réponses

            Aujourd'hui,
            * Formes de prières,  notre prière et celle des sectes. S.Dominique et le chapelet nous donnera peut-être des idées.
            * La principale raison d'être de la vie consacrée est le témoignage prophétique, rendu dans le monde, aux valeurs évangéliques, particulièrement par la pratique des conseils évangéliques. Rappelons-nous Mgr Danneels au Synode V.C. :

"Nous, les évêques, nous devons dire aux consacrés que nous les admirons et que nous les aimons. Mais aussi qu'ils ne sont pas assez radicaux dans leur pauvreté, leur chasteté, et leur obéissance, qu'ils doivent donner une image plus conforme à leur engagement et au langage qu'ils utilisent. Il faut que nous osions dire aussi les déceptions que de temps à autre le peuple de Dieu éprouve à leur égard".

            C’est une réflexion qu’on peut sans doute faire à toute époque. Une question qu’il faut toujours nous poser, c’est : “Quel message de Jésus apportons-nous ? quelle image de Jésus présentons-nous, comme personnes et comme communauté ?
           
            Mgr Kasanda (Luiza), Carême 1999, dans son excellente lettre aux religieux de son diocèse, rappelait la “Spécificité de la vie religieuse” :

“Ce qui est spécifique à la vie religieuse, c’est l’obligation librement consentie d’observer les 3 vœux de religion, de virginité, pauvreté et obéissance et de mener la vie commune (canons 573, §2 et 607, §2). Le premier témoignage des religieux et religieuses n’est pas le travail qu’ils fournissent ni les réalisations matérielles dont ils sont capables. Il ne réside pas non plus dans la force du nombre des membres. Le premier témoignage est leur vie commune comme vie totalement donnée à Dieu “aimé par dessus tout” (canon 573, §1) et aux frères et sœurs comme “témoins de l’amour de Dieu” (VC. n° 25-72). Ce faisant, ils deviennent des signes d’un monde nouveau où se manifestent l’absolu de Dieu et la fraternité universelle (LG 44, PC.1) qui sont les signes spécifiques du Royaume e Dieu.  Ce Royaume, selon Jésus, est le monde qui règne l’unique loi, celle de l’amour de Dieu et des frères et sœurs, un amour qui pousse les appelés à être totalement pauvres d’eux-mêmes (Heureux les pauvres !) pour se donner entièrement à Dieu et aux autres. Etre témoins du Royaume de Dieu c’est se mettre à sa vraie place face à Dieu et créer des relations d’un nouvel ordre avec ses frères et sœurs, relations de fraternité, de vérité et de respect mutuel. (Père Evêque Kasanda, 2.2, §3).

            C’est l’idéal, le but, mais ...
                       
II - Jésus invite à une vie tout autre

            "En vérité, je te le dis, à moins de naître d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu"
            "En vérité je te le dis, nul, s'il ne naît d'eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu".

            La naissance, c'est l'entrée dans le monde, le commencement de l'affrontement de notre monde. Une nouvelle naissance, c'est une nouvelle évaluation de notre monde, un autre affrontement de notre monde. C'est le partage désormais de la manière de Jésus d'évaluer et d'affronter notre monde.

            L'ancienne manière :
            > en un premier temps (anarchie égoïste) : le monde, les autres, pour en profiter
            > en un second temps : le monde, les autres, pour rendre gloire à Dieu, et la Loi pour régler selon Dieu les rapports entre hommes. Et l'exclusion de ceux qui ne respectent pas assez la loi.
            Donc, certaines vertus, certaines pratiques, et l'exclusion.

            > La nouvelle évaluation, le nouvel affrontement, celui de Jésus :
            - Jésus montrera l'exemple de l'humilité et du service
            - il accueillera avec bonté les pécheurs en tous genres
            - il veut libérer des condamnations mutuelles
            - il donne comme premier commandement l'amour, l'amour du prochain étant la forme privilégiée de l'amour de Dieu. L'amour c'est le don de sa vie pour ceux qu'on aime, un don qui se vit dans toutes les formes du service.
            - l'idéal de justice, forme institutionnalisable de l'amour,
est complété par l'idéal de charité : aimer avec Dieu, comme il aime, gratuitement.

            A la fin du Mémorandum de 1990 au Président, les Evêques de la Conférence Episcopale du Zaïre disaient :

"Les maux dont souffre notre pays s'expliquent, certes, par des structures et des systèmes inadéquats qui favorisent et entretiennent l'effritement des valeurs morales, le renversement des critères de moralité et les autres maux que nous déplorons tous. Face à cette situation, nous serions tentés de croire que le seul changement des structures et des systèmes politique et économique nous redonnerait la santé morale et la prospérité matérielle. Ce changement est certes nécessaire, mais ce qui est encore beaucoup plus nécessaire, c'est la conversion et le renouvellement du cœur et de l'esprit des fils et filles du Zaïre, car c'est du cœur et de l'esprit des hommes et des femmes que sortent les désirs et aspirations qui inspirent les systèmes politiques et économiques.

"L'environnement social et moral dans lequel nous vivons nous a tous, en quelque sorte, contaminés. Aussi, le renouvellement du Zaïre et les changements nécessaires exigent-ils que nous devenions des hommes nouveaux. C'est pourquoi dans ce contexte, il s'avère nécessaire de soutenir l'action de personnes physiques et morales, notamment les Eglises et confessions religieuses, qui s'efforcent de former les consciences et de les inciter à la poursuite des valeurs transcendantes" (Memorandum, n° 15).
           
            A Mbandaka, pendant des années, on “montait sur le bateau”.

III - Le salut dans la Foi en un Dieu crucifié (14-18) (LIRE)

            - le grand signe du renouveau, c'est la foi dans le crucifié. Accepter que Dieu m'ait aimé jusqu'à la Croix, et être prêt à partager cette croix. Pour affirmer ce qui est valeur aux yeux de Dieu, et pour ne pas renoncer à cette affirmation, Jésus a subi la Croix.

            - Non plus une religion dans laquelle on espère participer à la puissance de Dieu, à la "gloire" (temporelle) de Dieu, (costumes, titres, préséances...) mais une religion dans laquelle on donne sa vie comme Dieu le Bon Pasteur) la donne.

            - Au niveau de l'Eglise ("Eglise servante et Pauvre...)
            - Au niveau des Instituts religieux (Le Général des SJ : 3 sortes de Jésuites : Extraordinaires, médiocres, mauvais)
            - Au niveau des personnes consacrées
           
            Elles doivent donner un témoignage prophétique dans le domaine de l'avoir, du pouvoir, et de l'amour chaste. Elles doivent aussi témoigner qu'elles savent que Jésus nous sauve par la Croix, et qu'on ne peut pas le suivre en cherchant une autre voie.

"Seigneur, tu demandes à ton Eglise d'être le lieu où l'Evangile est annoncé en contradiction avec l'esprit du monde. Donne à tes enfants assez de foi pour ne pas déserter mais témoigner de toi devant les hommes en prenant appui sur Ta Parole." (Laudes du Vendredi I).

IV - Sommés de choisir : les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière (19-21)

            * Par le refus de la Loi naturelle, et donc du Créateur qui l’a inscrite dans notre cœur (violation des Droits de l'Homme), “mondialisation au profit du Capital et marginalisation des peuples pauvres”, refus d’une sexualité soumise à la raison et au respect mutuel entre hommes et femmes (L’abbé Pierre, et l’archevêque Desmond Tutu, chahutés parce qu’ils parlent d’un changement de comportement),
            Et, dans une Communauté : tribalisme, marginalisation de certaines personnes,

            * Par le refus du pardon. Et dans une communauté des personnes qui ne se parlent pas.

            * Par un ordre économique injuste, une ignorance délibérée de la "Dignité humaine", et un refus de la "Doctrine sociale de l'Eglise". Et dans telle communauté des salaires de travailleurs, pour nourrir toute une famille, inférieurs à ce qu’on dépense pour une seule personne de la Communauté.

            * Par l'abus du pouvoir par beaucoup de ceux qui en ont.

            C'est ici que se trouvent les critères d'évaluation de Jésus: "Ce que vous faites à l'un de ces petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" : voilà la "lumière". Voila la référence première, qu'on ne peut pas gommer : trouver Dieu dans ses frères et sœurs. Aimer et servir Dieu en servant les hommes. C'est cela la lumière. Et les "ténèbres", c'est tout ce qui est de l'ordre du "moi d'abord" et du "chacun pour soi".


Idées principales

1. Nicodème reconnaît la médiocrité de son judaïsme, et peut-être la sienne. Acceptons de reconnaitre la médiocrité là où nous la voyons, dans notre Eglise, dans la vie chrétienne et/ou consacrée telle que nous la vivons, dans notre vie propre.

2. Jésus invite à une vie tout autre que celle qui se vit dans les sociétés de toute époque, et en particulier dans la nôtre : une vie de service mutuel et de don mutuel, une vie d'affrontement du mal pour s'y opposer, une vie de promotion mutuelle dans l'oubli de soi.

3. Nos évêques nous invitent à trouver dans l'esprit et la pratique évangélique d'abord les remèdes aux maux de notre société.

4. Nous ne participerons pas à la guérison de noter société sans accepter la Croix avec Jésus. La Croix, c'est l'affrontement du monde hostile aux valeurs évangéliques.

5. Les hommes "préfèrent les ténèbres à la lumière" : ils préfèrent le "chacun pour soi" et le "moi d'abord" à l'esprit de service et d'oubli de soi.


Références bibliques
Jn 3,1-21 : Rencontre de Jésus avec Nicodème

Suggestion pour l'oraison
- La rencontre de Jésus avec Nicodème Jn 3,1-21
- Un des textes cités ci-dessous


Textes cités

1. L'Eglise doit donner l'exemple de ce qu'elle enseigne au nom de Jésus

"Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume de Dieu est à eux" (Mt 5,9-10), dit le Seigneur (EA 105)

"L'Eglise doit continuer à jouer son rôle prophétique et à être la voix des sans-voix" (EA 106)

" Mais pour réaliser cela de manière efficace, l'Eglise, en tant que communauté de foi, doit être un témoin énergique de justice et de paix dans ses structures et dans les relations entre ses membres. Le Message du Synode déclare avec courage : "Les Eglise d'Afrique ont aussi reconnu qu'en leur propre sein la justice n'est pas toujours respectée à l'égard de ceux et celles qui sont à leur service. Si l'Eglise doit témoigner de la justice, elle reconnaît que quiconque ose parler aux hommes de justice doit aussi s'efforcer d'être juste à leurs yeux. Il faut donc examiner avec soin les procédures, les biens et le style de vie de l'Eglise" (EA 106).

2. Jugement d'un pasteur sur les religieux

"Nous, les évêques, nous devons dire aux consacrés que nous les admirons et que nous les aimons. Mais aussi qu'ils ne sont pas assez radicaux dans leur pauvreté, leur chasteté, et leur obéissance, qu'ils doivent donner une image plus conforme à leur engagement et au langage qu'ils utilisent. Il faut que nous osions dire aussi les déceptions que de temps à autre le peuple de Dieu éprouve à leur égard".

3. Rappel aux religieux de leur raison d’être

“Ce qui est spécifique à la vie religieuse, c’est l’obligation librement consentie d’observer les 3 vœux de religion, de virginité, pauvreté et obéissance et de mener la vie commune (canons 573, §2 et 607, §2). Le premier témoignage des religieux et religieuses n’est pas le travail qu’ils fournissent ni les réalisations matérielles dont ils sont capables. Il ne réside pas non plus dans la force du nombre des membres. Le premier témoignage est leur vie commune comme vie totalement donnée à Dieu “aimé par dessus tout” (canon 573, §1) et aux frères et sœurs comme “témoins de l’amour de Dieu” (VC. n° 25-72). Ce faisant, ils deviennent des signes d’un monde nouveau où se manifestent l’absolu de Dieu et la fraternité universelle (LG 44, PC.1) qui sont les signes spécifiques du Royaume e Dieu.  Ce Royaume, selon Jésus, est le monde qui règne l’unique loi, celle de l’amour de Dieu et des frères et sœurs, un amour qui pousse les appelés à être totalement pauvres d’eux-mêmes (Heureux les pauvres !) pour se donner entièrement à Dieu et aux autres. Etre témoins du Royaume de Dieu c’est se mettre à sa vraie place face à Dieu et créer des relations d’un nouvel ordre avec ses frères et sœurs, relations de fraternité, de vérité et de respect mutuel. (Père Evêque Kasanda, 2.2, §3).


3. L'Evangile, voie de salut pour notre pays

"Les maux dont souffre notre pays s'expliquent, certes, par des structures et des systèmes inadéquats qui favorisent et entretiennent l'effritement des valeurs morales, le renversement des critères de moralité et les autres maux que nous déplorons tous. Face à cette situation, nous serions tentés de croire que le seul changement des structures et des systèmes politique et économique nous redonnerait la santé morale et la prospérité matérielle. Ce changement est certes nécessaire, mais ce qui est encore beaucoup plus nécessaire, c'est la conversion et le renouvellement du cœur et de l'esprit des fils et filles du Zaïre, car c'est du cœur et de l'esprit des hommes et des femmes que sortent les désirs et aspirations qui inspirent les systèmes politiques et économiques.

"L'environnement social et moral dans lequel nous vivons nous a tous, en quelque sorte, contaminés. Aussi, le renouvellement du Zaïre et les changements nécessaires exigent-ils que nous devenions des hommes nouveaux. C'est pourquoi dans ce contexte, il s'avère nécessaire de soutenir l'action de personnes physiques et morales, notamment les Eglises et confessions religieuses, qui s'efforcent de former les consciences et de les inciter à la poursuite des valeurs transcendantes" (Memorandum, n° 15).


4. Suivre Jésus qui affronte le monde

"Seigneur, tu demandes à ton Eglise d'être le lieu où l'Evangile est annoncé en contradiction avec l'esprit du monde. Donne à tes enfants assez de foi pour ne pas déserter mais témoigner de toi devant les hommes en prenant appui sur Ta Parole." (Laudes du Vendredi I).

Questions pour la réflexion

  1. Le message de Mgr Danneels au Synode du la Vie Consacrée (voir texte) me paraît-il me concerner ? En quoi ?

  1. Ai-je le sentiment d’être animé, inspiré par l’Esprit-Saint ? Ou alors qu’est-ce qui m’inspire et m’anime ?


  1. Est-ce que j’accepte pleinement comma maître Jésus humble, serviteur de plus petit que soi, renonçant à lui-même, ne faisant pas sa volonté mais celle du Père, donnant sa vie ?

  1. Aux yeux de mes frères religieux, des autres religieux, des laïcs qui nous voient vivre, quel est mon témoignage ? Est-il prophétique ?



samedi 1 mars 2014

Défi de la contextualisation

Le défi de la contextualisation
1. A.NGINDU Mushete, FOI et culture. L’enjeu africain, Kinshasa, Médiaspaul, 2012.
2. J.M.ELA, Repenser la théologie africaine. Le Dieu qui libère, Paris, Karthala, 2003.
3. L.SANTEDI, Dogme et inculturation en Afrique. Perspective d’une théologie de l’invention, Paris, Karthala, 2003.
4.Kä Mana, La nouvelle évangélisation en Afrique, Paris, Karthala, 2000.
5. A.RAMAZANI, Eglise famille de Dieu. Esquisse d’ecclésiologie africaine, Paris, Lharmattan, 2001.
6. E.NTAKARUTIMANA, Vers une théologie africaine. La théologie et les théologiens au Congo : Projets et défis dans la période de l’après indépendance(1960), Fribourg, Editions Universitaires de Fribourg Suisse, 2002.
7. D.MAFUTA, Double appartenance des chrétiens africains ? Inculturation et pluralité religieuse, Paris, L’Harmattan, 2010.
8. V.NTUMBA, Trois clés pour une lecture africaine du Nouveau Testament, Kinshasa, Carmel Afrique, 2009.
9. A.KABASELE, Lire la Bible dans une société en crise. Etudes d’herméneutique interculturelle, Kinshasa, Médiaspaul, 2007.
10. V.MULAGO, Un visage africain du christianisme, Paris, Présence Africaine, 1962.


Parmi ces dix théologiens, mon choix est porté sur :
 A.NGINDU Mushete, FOI et culture. L’enjeu africain, Kinshasa, Médiaspaul, 2012.
Mon champ de réflexion porte sur :
Le défi de la contextualisation
J'ai choisi cet auteur pour deux raisons : d’une part, il est très actuel et concret dans sa manière d’aborder la question. D’autre part, il répond à deux questions fondamentales et incontournables de l’homme africain : l’inculturation et la reconstruction. Etant aussi africain, je me sens confronté par ce défi (le mépris de l’homme noir). C’est une question qui demeure tant qu’il y a un noir et un blanc. Permettez que je dise : c’est un perpétuel combat. Par conséquent, le noir doit s’affirmer.
J'ai choisi de réfléchir sur ce chapitre parce qu’il me donne des pistes de solution sur mon identité entant qu’elle est niée par l’occident. Je me rends compte que la libération de l’homme africain ne dépend pas de l’occident, mais de lui-même avec son Dieu.

Le défi de la contextualisation
L’Eglise qui a toujours pensé globalement, doit désormais agir localement pour répondre aux exigences du temps présent. Par suite, le défi de la contextualisation s’inscrit justement dans cet agir local. Ceci dit, notre résumé peut s’ouvrir par une question comme celle-ci : N’est-il pas évident et urgent de fonder localement cette Eglise en lui dotant de tous ses moyens d’action sur le plan culturel, éthique, disciplinaire et théologique ?[1] Cette question, nous renvoie en effet à une nécessité de reconnaitre la théologie africaine. L’initiative de créer une église locale, est un effort d’inculturation. C’est cet effort qui sera sérieusement combattu par les non africains. D’où, nécessité de se défendre ou mieux de répondre à ce défi.

Le défi majeur est celui de nier ou de mépriser toute initiative d’inculturation de l’évangile en Afrique. C’est une façon d’illégitimer la théologie africaine. L’idée essentielle de ce chapitre est celle ci : La théologie africaine existe et doit exister. Car, toute théologie est historiquement située, sociologiquement déterminée et culturellement  définie. D’ailleurs, toute pensée n’est que culturelle parce que l’homme est un être en situation, c’est-à-dire qu’il appartient toujours à une race, à une nation, à une tribu, à une culture, à une famille, etc. Ainsi, son agir ne peut pas se passer du contexte culturel. Par suite, la thèse de la contextualisation peut être soutenue par les propos éloquents du feu Cardinal Malula qui disait : « Les missionnaires européens ont jadis christianisé l’Afrique, aujourd’hui les chrétiens africains vont africaniser le christianisme ».Il ne s’agit plus de faire des discours, très peu suivis d’effets, sur le paradigme dominant de cette seconde étape de l’évangélisation qu’est L’INCULTURATION, mais de poser des actions concrètes[2] (ajouta Joseph NDOUM). Il s’agit donc d’interpréter l’évangile à la manière africaine pour répondre aux exigences
En effet, que veut dire évangéliser ? L’auteur nous fait voir que l’évangélisation n’est pas une imposition de model, de discours, de manière de penser, de culture, etc. Mais plutôt la transmission du message tenant compte des valeurs humaines retrouvées dans une culture donnée. Notons que si le message de l’évangile n’est pas inculturé, il ne peut pas toucher le cœur de l’homme. Par conséquent, il sera difficile de parler de la conversion qui est le but même de l’évangélisation. Bien entendu, l’interprétation doit nécessairement être culturelle au risque de prêcher au désert. Ainsi donc, l’évangélisation devient une manière de rendre un peuple capable d’interpréter le message dans sa propre culture. Un message bien interprété, reste toujours susceptible d’être intériorisé et de porter des fruits concrets. Il revient donc aux peuples de se découvrir à partir du message de l’évangile.
En effet, l’auteur pense que c’est aux peuples de se construire eux-mêmes comme une société, une nation et une église. L’évangile contient justement une dimension qui est celle de rendre les peuples responsables de leur situation pour qu’ils s’en sortent. Car, il y a plus de joie de trouver soi-même la solution au problème que de la recevoir d’ailleurs. Un bon missionnaire ne peut jamais se prétendre être la solution pour les peuples. Il est par contre appelé à guider le peuple vers Dieu. Conduire le peuple vers Dieu, c’est dire à tout homme « Voici l’agneau de Dieu » (Cf Jn1, 35), et le peuple est libre d’aller vers cet agneau. La mission qui lui est confiée, est celle d’aider les peuples à prendre conscience de leur état de péché. Certes, quand l’homme se rend compte qu’il se détruit, il cesse de le faire. Le sens de l’évangélisation est de rendre l’homme responsable de sa propre vie pour l’inviter à un effort personnel de se libérer.  Car évangéliser quelqu’un, c’est le libérer de son esclavage. L’Evangile nous rend libre ; cette libération n’est pas en de hors de la culture. Ainsi, il n’y a d’inculturation que libératrice, et il n’y a de libération qu’enracinée dans une culture donnée[3].
En outre, l’essentiel est d’amener l’homme à se découvrir et à devenir soi-même pour qu’il  sente en lui, une nécessité de se libérer. Car il est difficile de sauver l’homme sans qu’il le veule. Dieu, pour nous sauver, il a pris notre condition, c’est-à-dire il s’est fait homme. Peut-on devenir homme sans être incorporé dans une culture donnée ? En effet, nul n’ignore que Dieu s’est inscrit dans l’histoire d’un peuple, même dans sa manière de penser et de vivre, pour le sauver. C’est dans ce contexte là que le message de l’évangile nous est parvenu.
Notons que l’évangile, avant d’être un message universel, il est d’abord une parole adressée directement à un peuple pour son salut. D’où, le véritable problème comme celui de salut, de développement, ne se pose que dans une perspective culturelle. Il faut donc souligner que l’interprétation culturelle d’une question fondamentale ne se négocie pas ; elle s’impose. Nous ne pouvons comprendre un message que s’il nous est adressé, c’est-à-dire s’il est transmis dans une langue que nous comprenons et dans un contexte culturel qui est le notre. Certes, si le message du Christ n’était pas contextualisé, il resterait un discours oiseux, sans être compris par qui que ce soit. Ne peut être compris et accueilli que ce qui est transmis dans un contexte culturel. En effet, J.MELA le dit mieux en ce terme : « Nous ne savons pas ce que nous croyons si nous ne le disons pas dans notre propre langage »[4]. Il s’ensuit que toute réalité humaine ne peut être exprimée que dans un langage aussi humain. C’est ainsi que le Christ s’est servi même du langage de son peuple pour lui expliquer la réalité d’en haut. Ainsi, toute parabole ne peut pas ne pas faire allusion à la réalité juive quand il faut lui transmettre le message. Disons par exemple que « le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ… » (Cf Mt 13,31)[5]. Si le peuple juif n’avait pas une culture du grain de sénevé, le Christ ne l’évoquerait pas dans cette parabole ; il parlerait d’une autre chose. Nous pouvons donc dire que le Christ a posé un geste de la contextualisation.


Pour conclure, l’inculturation est une exigence de l’évangélisation. Ceci dit, on ne peut pas ne pas parler de la théologie africaine puis qu’elle s’impose de soi. Il n’ya aucune raison de dire non à l’inculturation parce que la parole de Dieu est toujours et déjà située dans un contexte. En outre, le principe d’incarnation correspond même à ce geste d’inculturation. Dieu s’est contextualisé dans une situation bien déterminée en vue de sauver le genre humain. Etant Dieu, il pouvait sauver l’homme autrement qu’être inscrit dans une culture. Mais il ne l’a pas fait ; peut être pour montrer l’importance de se situer dans un contexte. Vue cela, disons donc que l’inculturation est importante comme une étape de l’évangélisation.  






[1] Cf A.NGINDU.Mushete, FOI et culture. L’enjeu africain, Kinshasa, Médiaspaul, 2012. P 7.
[2] J.NDOUM, L’INCULTURATION A TOUT PRIX ? Essai sur le christianisme post-missionnaire en Afrique noire, Limena (Italie), Imprimenda, 2005. P 5.
[3] Cf J.M.ELA, identité propre d’une théologie africaine, in C.GEFFRE (éd.), théologie et choc des cultures. Colloque de l’institut Catholique de Paris, Paris, p23-54. Cité par A.NGINDU, FOI et culture. L’enjeu africain, Kinshasa, Médiaspaul, 2012. P 8.
[4] Op.cit. p 10.
[5] Notons que c’est une version de la Bible de Jérusalem.